vendredi 10 juin 2016

Vale un Potosi (avec l'accent espagnol SVP !)

« Vale un Potosi » qu’est-ce que ça veut dire, me direz-vous ? Tout simplement « ça vaut un Potosi », expression espagnole encore employée parfois et qui en appelle au glorieux passé de la cité.
Comme les voyages c’est chouette, mais que la culture c’est bien aussi, un peu d’histoire (simplifiée et à notre sauce, bien sûr) ça fera du bien à tout le monde.

Potosi, nichée au pied du Cerro Rico (littéralement le Mont Riche), plus grande mine d’argent au monde à l’âge d’or de la domination espagnole en Amérique du Sud, exploitée et épuisée jusqu’à plus soif (la mine d’ailleurs moins que les mineurs) pour renflouer les caisses du Royaume d’Isabelle, asséchées par des années de conquêtes et guerres en tout genre.
Potosi est maintenant reconnue pour avoir aussi été, à cette époque, l’une des plus grande (la plus grande ?) ville du monde avec plus de 180000 habitants aux 16e et 17e siècles, alors que, par exemple, Londres ou Paris n’en comptaient qu’à peine plus de 50000. Plus grande mais surtout plus haute ville du monde, avec ses quartiers encore aujourd’hui étagés de 3800m à 4200m. Autant dire que l’oxygène s’y fait rare !
Bien sûr, un fort contingent espagnol et surtout une forte proportion d’esclaves et prisonniers en tous genres, majoritairement indiens (peu d’africains ici, l’altitude combinée au froid ayant rapidement raison d’eux) forcés d’œuvrer à la mine. Apparemment de ce qu’on a pu lire et apprendre lors de nos visites, à côté de Potosi, Germinal et les mines du Nord ça ne paraîtrait presque pas si terrible que ça.
Pour vous donner une idée, on estime couramment qu’au plus fort de l’activité minière, entre le milieu du 16e et le début du 19e, près de 8 millions y laissèrent la vie, sans compter ceux minés (jeu de mots, apportons un peu de légèreté à ce grave propos) par les conditions de travail (des roulements de 12h pendant 4 mois, sans voir la lumière du jour). On s’indigne souvent, à juste titre, de voir ce qui se passe aujourd’hui un peu partout dans le monde, mais, souvent, un regard en arrière devrait nous amener aussi à nous interroger sur notre histoire, même à une époque qui se voulait en Europe celle de l’émergence des Lumières. Elles n’éclairaient pas partout dans le monde et, pour sûr, pas tout le monde de la même manière.

Passé ce nécessaire préambule, que reste-t-il aujourd’hui de ce passé à certains égards glorieux, à d’autres moins ? Des églises (plus de 80) et des bâtiments coloniaux superbes, dont un hôtel de la monnaie, alors le plus grand d’Amérique du Sud, qui frappait les pièces du Royaume d’Espagne puis, mondialisation oblige (déjà) celles d’autres pays dont les Etats-Unis qui doivent leur symbole du Dollar aux initiales de Potosi (PTSI) entremêlées et apposées sur toutes les pièces frappées ici.
La visite de cet édifice et de son musée aura beaucoup plu, aux petits comme aux grands, les uns plus attirés par les machineries et outils en tous genres exposés, les autres par l’histoire de la cité, entre grandeur et décadence, révélatrice de la vie en cette période à Potosi et plus largement dans les cités d’Amérique du Sud.
L'occasion aussi de retrouver dans les tableaux exposés cette forme de syncrétisme, déjà entraperçue, avec des représentations de la "Vierge-Montagne", rappelant les croyances indiennes de la Terre Mère (la Pachamama), renforcée ici par la montagne donnant la richesse.

Restent également quelques mines en activité, exploitées par des coopératives de mineurs, aux conditions de travail encore archaïques et qui doivent participer fortement d’une espérance de vie très basse.
La visite des mines est l’une des activité phare de la région, à laquelle nous n’aurons cependant pas participé pour plusieurs raisons. La première, naturellement, la présence des enfants pour lesquels l’expérience est, au choix, au mieux déconseillée, le plus souvent interdite.
La seconde, à laquelle nous avons réfléchi par la suite, tient plus à un certain voyeurisme que nous aurons jugé malsain : les mines sont encore exploitées, les visites se font donc au milieu des mineurs au plus près de leurs conditions de travail. Instructif certainement, pour nous voyeur trop sûrement.
Accessoirement, mine en exploitation signifie également que la visite n’est pas exempte de risques, entre émanations diverses et diversement toxiques et aléas propres à l’activité minière (effondrement par exemple).
Choix sécure donc, mais éthique aussi : la plupart des agences se veulent « caritatives » avec des profits reversés aux mineurs, mais la réalité sur place semble tout autre. Soyons honnêtes aussi : sans les enfants, dont la présence nous a obligé à creuser (second moment de légèreté) le sujet, en aurions-nous fait l’expérience ? Certainement, comme la plupart des touristes de passage à Potosi, et comme eux nous aurions acheté à l’entrée des bougies, de la dynamite et tous les autres outils qu’il est recommandé d’emmener pour offrir aux mineurs pendant la visite.

Au final, aucun regret ! Nous profiterons de Potosi en flânant dans les rues, hyper pentues et, malheureusement, enfumées par le balai des collectivos (mini bus publics), déjeunant au marché et nous laissant aller au gré de nos rencontres.
Encore une fois d’ailleurs une très belle rencontre, fortuite et inattendue. Je crois que, maintenant, on commence à se reconnaître entre voyageurs au long court (peut-être quelque chose dans la dégaine de routard en goguette, ou tout simplement dans le fait de croiser une famille avec enfants en dehors des sentiers battus et des vacances scolaires). En tous les cas, pendant que je retire des sous, Juliette aperçoit sur le trottoir d’en face une famille avec 3 enfants au look clairement européen. Un regard croisé, échangé, ils traversent et nous disent bonjour en français. La discussion s’engage : ils font le tour de l’Amérique du Sud avec leurs trois enfants de 12, 10 et 5 ans pendant 6 mois… à vélo ! On décidera de se retrouver un peu plus tard pour prendre le temps de discuter, de manger une petite crêpe pour les enfants (pas que…) dans un bar, chauffé en plus ! Le grand luxe.
Encore un bon moment et on se rend même compte qu’on a une amie de l’INSA en commun.
On se dit quand même après les avoir rencontrés, après avoir aussi rencontré dans le Valle de la Luna à San Pedro un couple de français en camping-car avec leurs deux enfants de 3 ans et 1 an (qui ont déjà traversé la Colombie et le Paraguay et sont partis pour 1 an et demi, vendant tout ce qu’ils avaient et tirant presque un trait sur leur vie d’avant), ou encore croisé ce couple super sympa de français qui s’apprêtaient à traverser le Salar d’Uyuni… à pieds, comme le reste de l’Amérique du Sud et la Nouvelle Zélande… que décidemment, avec notre tour du monde roots pour nous, on est finalement de tous petits, mais vraiment petits joueurs.

Pour la prochaine fois, on fera mieux… ou pire. Comme toujours, tout dépend de l’idée qu’on s’en fait selon le point de vue duquel on se place !
Allez bises les cocos, et rendez à la prochaine étape pour un article qu’on vous promet plus léger !

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